Agir tôt contre la dénutrition : le rôle proactif des pharmaciens, acteurs clés du parcours de soins en collaboration avec les médecins généralistes.

Chloé Joreau est pharmacienne à Nantes (La Croix Bonneau). Engagée dans la prévention depuis plusieurs années, cette professionnelle de santé accorde une attention particulière à la détection précoce de la dénutrition chez les personnes âgées qu’elle guide vers les médecins généralistes en cas de perte de poids récente. Grâce à son expérience et son approche bienveillante, elle accompagne, avec les infirmiers, les patients et leurs aidants dans la compréhension des enjeux nutritionnels, notamment à travers l’utilisation des compléments nutritionnels oraux (CNO).

Quels comportements ou changements chez les patients âgés vous incitent à évoquer la question de la dénutrition ?

En pharmacie, les signes ne sont pas toujours évidents, mais certains indices doivent nous alerter. Par exemple, des vêtements qui deviennent plus amples, une perte de poids récente, ou des aidants qui signalent que les assiettes ne sont pas terminées. Ces observations, même anodines, peuvent révéler un risque de dénutrition. C’est la raison pour laquelle il est primordial de poser des questions ciblées, surtout lors des bilans de prévention aux âges clés (60-65 ans et 70-75 ans). Ces bilans incluent des questions sur la perte de poids récente, un outil simple mais efficace pour dépister précocement les situations à risque.

Comment le pharmacien peut-il agir face à un patient suspecté de dénutrition ?

Notre rôle n’est pas de poser un diagnostic, mais d’orienter et d’alerter. Si le bilan de prévention révèle une perte de poids ou un risque de dénutrition, nous encourageons le patient à consulter son médecin. Nous insistons sur l’importance des compléments nutritionnels oraux (CNO), qui, une fois prescrits, sont remboursés. L’objectif est de rendre le patient acteur de sa santé, en lui expliquant que les CNO sont un outil pour prévenir les complications, notamment la perte musculaire – un danger majeur chez les personnes âgées, car les muscles, y compris ceux des organes vitaux, deviennent difficiles à reconstruire après un certain âge.

Comment abordez-vous la question des CNO avec les patients et leurs aidants ?

La clé, c’est la pédagogie et la variété ! Nous avons aménagé un corner dédié aux CNO dans notre pharmacie, où les patients peuvent découvrir les différentes options : boissons, crèmes, gâteaux, ou encore des produits fruités ou chocolatés. Cela permet de les impliquer activement dans leur traitement. Nous expliquons aussi qu’il ne faut pas remplacer un repas par un CNO, mais l’utiliser en complément, par exemple en collation. Certains patients ont des préférences très marquées – comme cette dame qui ne veut que des desserts pralinés ! – donc la variété est essentielle pour éviter la lassitude.

Quels conseils donnez-vous pour optimiser l’efficacité des CNO ?

Il faut adapter la prise aux habitudes de vie. Par exemple, si un patient se couche tôt, nous suggérons de prendre le CNO en fin de matinée ou en goûter, plutôt qu’au coucher. Nous insistons aussi sur l’importance de ne pas sauter les repas : le CNO doit s’ajouter à une alimentation normale. Enfin, nous rappelons que les CNO étant riches, notamment en protéines, il convient de bien choisir le moment de la journée pour les consommer afin que le repas soit respecté.

Comment gérez-vous le suivi des patients sous CNO ?

Le suivi repose sur l’observance. Les ordonnances sont d’abord délivrées pour 10 jours, afin que le patient teste différents produits avant de passer à une délivrance mensuelle. Les aidants jouent un rôle clé : ce sont souvent eux qui viennent renouveler les stocks et nous donnent des retours sur la bonne prise des CNO. La plupart des entreprises indiquent les apports en apports en protéines, glucides, etc., ce qui aide les patients à mieux comprendre ce qu’ils consomment.

Quel message souhaitez-vous transmettre à propos de la dénutrition des personnes âgées ?

La dénutrition est un problème fréquent et souvent sous-estimé, surtout chez les personnes isolées. En tant que pharmaciens, notre rôle est d’alerter et d’accompagner. Créer un corner dédié aux CNO, former les équipes à repérer les signes, et collaborer avec les médecins et les aidants sont des actions concrètes pour lutter contre ce fléau. Enfin, il ne faut pas hésiter à rappeler que, pour les personnes âgées, il n’y a plus de restrictions alimentaires : tout est permis pour maintenir un bon état nutritionnel !