Dénutrition : les pharmaciens d’officine au cœur du dépistage, mais encore en manque de formation

Une enquête menée auprès de pharmaciens d’officine met en évidence leur rôle essentiel dans la lutte contre la dénutrition, tout en soulignant des besoins importants en matière de formation, notamment sur le dépistage et l’accompagnement des patients traités par compléments nutritionnels oraux (CNO).

Professionnel de santé de proximité, régulièrement en contact avec des patients âgés, atteints de maladies chroniques ou sortant d’hospitalisation, le pharmacien est idéalement placé pour repérer les situations à risque et accompagner les patients. Une enquête réalisée auprès de 108 pharmaciens d’officine montre toutefois que cette implication reste encore perfectible.

Si 85 % des pharmaciens interrogés déclarent avoir déjà dépisté des patients dénutris ou à risque de dénutrition, moins de 30 % réalisent ce dépistage au moins une fois par mois. Les outils utilisés ne sont par ailleurs pas toujours adaptés : certains pharmaciens citent encore l’albuminémie comme outil de dépistage, alors qu’elle n’est plus intégrée aux critères diagnostiques depuis les recommandations de 2021 et intervient uniquement dans l’évaluation de la gravité de la dénutrition.

L’enquête souligne également une tendance à davantage repérer la dénutrition chez les patients atteints de cancer que chez les personnes âgées. Pourtant, ces dernières représentent une population particulièrement vulnérable, souvent suivie principalement en ville, avec moins d’occasions de réévaluer régulièrement leur état nutritionnel.

Les compléments nutritionnels oraux occupent une place importante dans l’activité officinale : la majorité des pharmaciens interrogés déclarent en délivrer régulièrement, notamment chaque semaine. Cette fréquence souligne l’importance d’une bonne maîtrise des conseils associés à leur utilisation.

Cependant, un tiers des pharmaciens interrogés indiquent ne jamais avoir abordé les CNO au cours de leur formation initiale, ou uniquement lors d’interventions proposées par des laboratoires. Ce manque de formation peut avoir des conséquences sur la qualité des conseils délivrés aux patients.

Pourtant, l’accompagnement du pharmacien joue un rôle déterminant dans l’observance : expliquer la possibilité de varier les goûts et les textures, conseiller le moment de prise ou rappeler que les CNO doivent être consommés en dehors des repas, sont des éléments essentiels. D’autres conseils, comme les modalités de conservation ou les différentes façons de consommer les produits, restent encore trop peu abordés alors qu’ils peuvent limiter le risque de lassitude ou de dégoût.

Pour renforcer le rôle du pharmacien dans la lutte contre la dénutrition, plusieurs pistes sont identifiées : renforcer la formation initiale et continue sur la dénutrition et les CNO, mieux connaître les outils de dépistage et développer davantage la collaboration avec les autres professionnels de santé (médecins généralistes, infirmiers, diététiciens…).

Le pharmacien ne doit plus seulement être considéré comme le dispensateur d’un CNO prescrit, mais comme un véritable acteur du repérage, du conseil et du suivi du patient dénutri ou à risque de dénutrition. Une meilleure structuration du parcours de soins ville-hôpital pourrait permettre une prise en charge plus précoce et limiter les complications liées à cette pathologie.

D’après la thèse pour le diplôme d’État de docteur en pharmacie de Lucie Duquesne « Rôle du pharmacien d’officine dans le dépistage des patients à risque de dénutrition et l’accompagnement des patients sous compléments nutritionnels oraux », soutenue le 6 juillet 2026.